Nuit de la Solidarité : une nuit pour écouter et agir autrement
Reportage
Mise à jour le 22/01/2026
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Depuis 2018, chaque troisième jeudi de janvier, la Ville de Paris se mobilise pour mieux connaître la réalité du sans-abrisme. Cette nuit pas comme les autres permet d’aller à la rencontre des personnes sans abri, d’écouter leurs histoires et de comprendre leurs parcours et leurs besoins. Un travail de fond, mené sur le terrain, et une démarche essentielle pour agir plus justement. Aux manettes de cette opération : Garance Pacouret, cheffe de projet de la Nuit de la Solidarité. Rencontre.
La nuit est froide, les rues se vident, mais Paris ne dort pas tout à fait. Une fois par an, des centaines de bénévoles arpentent les rues de l’arrondissement pour aller à la rencontre des personnes sans abri. Une nuit pas comme les autres, pensée pour mieux comprendre la réalité et surtout mieux agir.
Le troisième jeudi de janvier, n’a pas été choisi au hasard. « C’est le mois où les capacités de mise à l’abri sont au maximum », nous explique Garance. Sur le terrain, les équipes échangent avec les personnes rencontrées. « On recueille aussi des informations précieuses sur leurs besoins, leurs profils, leurs histoires », précise Garance. Des éléments essentiels, partagés avec la Ville de Paris, l’État et les associations.
Trois mois de préparation, une nuit sur le terrain
La Nuit de la Solidarité ne s’improvise pas. « On commence dès le mois d’octobre. C’est environ trois mois de préparation », précise la cheffe de projet. Chaque édition débute par un temps de bilan : retours des bénévoles, des responsables d’équipe. Objectif : améliorer sans cesse l’organisation. Chaque arrondissement dispose de son QG, souvent installé en mairie ou dans un équipement municipal.
Sur le terrain, la mobilisation est large. Agents de la Ville, bénévoles parisiens, associations, mais aussi acteurs spécifiques : la RATP et la SNCF pour les gares et stations, l’AP-HP pour les services d’urgence hospitaliers. Les rues, elles, sont couvertes par les agents de la Ville de Paris.
Les secteurs sont découpés avec précision, en lien avec l’Atelier Parisien d’Urbanisme (APUR). « Le but, c’est que les équipes puissent parcourir leur zone à pied en deux heures. Si un secteur est trop rapide ou trop long, on l’adapte l’année suivante », explique Garance.
Sur le terrain : aller vers, écouter, comprendre
Le soir venu les équipes se retrouvent en mairie, les responsables d’équipe arrivent dès 19h, suivis des bénévoles à partir de 19h30. Une formation commune est organisée avant le départ. « C’est essentiel pour rassurer les bénévoles et s’assurer que tout le monde a le même niveau d’information ».
L’approche est essentielle. « Tout passe par la manière d’aller vers : se présenter, sourire, vouvoyer, respecter l’espace et laisser toujours le choix ». Des formations sont également proposées avant la nuit avec la Fabrique de la Solidarité et les associations La Cloche et L’Entourage. Ce qui marque les bénévoles, ce sont les rencontres. « Les profils sont très variés. On se rend compte que, dès le premier regard, on ne peut pas savoir si une personne est à la rue. Cela brise beaucoup de préjugés », observe Garance. Beaucoup soulignent aussi la force du collectif, le fait de faire équipe et de parcourir la ville autrement, le temps d’une nuit.
Des chiffres qui vont bouger les lignes
Lorsque les équipes rentrent, la mission de terrain s’achève, mais le travail continue. Les questionnaires sont vérifiés, puis analysés par l’équipe projet de la Nuit de la Solidarité. Les premiers résultats sont présentés dès février, avant la publication d’un rapport détaillé par l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) rendu accessible au public, au cours de l’été.
Ces données ont déjà permis des avancées concrètes. « On a par exemple identifié un fort besoin d’aide alimentaire », explique Garance. Résultat : les distributions de repas sont passées de 11 000 à 31 000 en 2024. Autre constat majeur : le manque de lieux pour stocker ses affaires personnelles. Un besoin identifié sur le terrain, qui a conduit au doublement du nombre de bagageries à Paris.
Mais la Nuit de la Solidarité révèle également des besoins moins visibles. Au fil des rencontres, une même réalité revient : le manque d’information et d’orientation. C’est dans ce contexte qu’a ouvert, dès 2018, la Fabrique de la Solidarité, et que des agents ont été formés dans les bains-douches pour mieux orienter les personnes sans abri. La Nuit de la Solidarité a aussi confirmé l’augmentation du nombre de femmes à la rue, entraînant l’ouverture de dispositifs spécifiques, comme des haltes de nuit et des accueils de jours.
Une nuit de marche, d’écoute et d’observation. Et surtout, un point de départ pour agir, bien au-delà d’une seule nuit. Pour Garance Pacouret, l’objectif est clair : « La Nuit de la Solidarité permet de mieux connaître la situation des personnes sans abri et de mettre un chiffre sur une réalité encore trop méconnue. »
