Le 18e toute une histoire – résonnance urbaine : quand la jeunesse fait dialoguer passé et présent
Reportage
Mise à jour le 27/01/2026
Sommaire
Faire dialoguer les images d’hier avec les regards d’aujourd’hui : c’est le point de départ de l’exposition « Le 18e toute une histoire, résonance urbaine » présentée à la mairie du 18e. Appareil photo en main, cinq habitant.e.s du 18e sont partis sur les traces de leur arrondissement à partir de photographies anciennes. Guidés par le photographe Bruno Thomas, ils ont exploré le 18e pour confronter la mémoire des lieux au réel d’aujourd’hui et questionner ses transformations. L’exposition est à découvrir à la mairie du 18e jusqu’au 20 février 2026.
Tout commence par une invitation à regarder autrement. Élèves des cours de
photographie du Centre Paris Anim’ Binet, cinq jeunes habitant.e.s du 18e se
lancent dans un travail de terrain singulier : retrouver, à partir de cartes
postales anciennes, les lieux photographiés autrefois et les confronter à leur
réalité actuelle.
Les participant.e.s au projet
Bruno Thomas, photographe et formateur, Juliette Noblet, Swan Seng, Maud
Lebeaupin, Chloé Jacobs, Juliette Bonnepart, élèves du cours de
photographie et Christine Le Gall, Directrice d’Arrondissement des
Centres Paris Anim’ du 18e.
Un projet photographique ancré dans le territoire
À leurs côtés, Bruno Thomas, photographe depuis 35 ans, habitué du reportage de terrain, il conçoit ses cours comme des espaces de respiration, une transmission de savoirs qui va bien au-delà de la technique : « Les cours de photo, ce sont aussi des moments de respiration. On ne vient pas seulement apprendre à utiliser un appareil, mais à comprendre et à gérer ses images », explique-t-il. Travail sur les photos personnelles, gestion des fichiers numériques, retouches, archivage : les élèves apprennent à conserver leurs images dans un monde où, rappelle-t-il, « le numérique est parfois moins fiable que l’argentique ». En parallèle, Bruno Thomas propose également des ateliers dédiés à la photographie argentique. « Là, on prend le temps. On travaille le tirage, la profondeur de champ, la vitesse, la photo de nuit, les poses longues. C’est un moment de calme », confie-t-il.
Chaque année, une thématique guide le travail des élèves. Pour cette exposition, le choix des archives issues de la Société d’Histoire et d’Archéologie Le Vieux Montmartre ouvre un vaste champ d’exploration : celui du patrimoine du 18e et de ses métamorphoses.
Chaque année, une thématique guide le travail des élèves. Pour cette exposition, le choix des archives issues de la Société d’Histoire et d’Archéologie Le Vieux Montmartre ouvre un vaste champ d’exploration : celui du patrimoine du 18e et de ses métamorphoses.
Cartes postales anciennes et regards d’aujourd’hui
Pour nourrir le projet, des cartes postales anciennes ont été mises à disposition la Société d’Histoire et d’Archéologie Le Vieux Montmartre. L’objectif : poser un regard attentif sur le patrimoine du 18e, comprendre ses transformations et surtout, faire émerger les résonances entre les époques. « On a vraiment cherché à analyser les lieux, à comprendre ce qui a changé, ce qui est resté, et à voir comment les jeunes pouvaient apporter leur propre interprétation », explique Bruno. Le noir et blanc s’est imposé naturellement, il plonge le visiteur dans une forme d’intemporalité ce qui renforce vraiment ce lien entre le passé et le présent.
Sur le terrain, à la recherche des traces du passé
Première étape du projet : retrouver les lieux photographiés autrefois. Une mission parfois délicate. « Sur les HBM, par exemple, ça a été difficile. Il y en a beaucoup à la Porte de Montmartre, donc il a vraiment fallu enquêter pour trouver le bon immeuble », raconte le photographe. Accompagnés sur toutes les prises de vue, les élèves ont travaillé la perspective, les angles, mais aussi l’intégration du mode de vie actuel dans leurs images. « On a réfléchi à la manière de faire dialoguer l’ancienne carte postale avec la photo d’aujourd’hui, parfois en faisant de vraies mises en abyme », précise Bruno.
Le travail ne s’est pas limité à la photographie. Chaque lieu a été interrogé dans son histoire et ses usages. « Au marché de l’Olive, on s’est demandé pourquoi il s’appelait comme ça. On a rencontré des habitants, des commerçants, des personnes dont les familles travaillaient là depuis plusieurs générations », explique-t-il.
À la piscine des Amiraux, les élèves ont même eu accès aux caves et aux anciens ateliers, grâce aux échanges avec les habitant.e.s du quartier. « On s’est laissé porter par les rencontres. On a appris énormément de choses, c’était très enrichissant », raconte Bruno.
À la piscine des Amiraux, les élèves ont même eu accès aux caves et aux anciens ateliers, grâce aux échanges avec les habitant.e.s du quartier. « On s’est laissé porter par les rencontres. On a appris énormément de choses, c’était très enrichissant », raconte Bruno.
Un regard neuf sur un arrondissement en mutation
Après les prises de vue, un important travail de sélection a été mené collectivement. « On a choisi les photos ensemble, en fonction des angles, de la vie des quartiers, de l’atmosphère », explique le photographe. Certaines images révèlent des lieux presque inchangés, d’autres témoignent de profondes transformations. Mais partout, on retrouve des traces du passé. « Les jeunes ont un regard neuf sur ce qui les entoure. Ils savent saisir des instants, une ambiance, l’atmosphère d’un lieu. C’est exactement ce qu’on cherche en photographie », précise t-il.
« J’ai vraiment aimé ce projet : il m’a permis de redécouvrir le 18e. Je suis retournée devant des bâtiments et dans des rues que je fréquentais souvent, mais avec un nouveau regard, pour en faire ressortir la beauté. Un moment m’a particulièrement marquée : la prise de vue au marché de l’Olive. On a discuté avec des commerçants, on s’est demandé d’où venait ce nom… et ça a ouvert plein de questions. J’aime le 18e pour ses contrastes et ses architectures différentes : c’est cette ambiance-là que j’ai voulu transmettre dans mes photos. »
élève du cours de photographie
À travers ce projet, un regard croisé s’installe : celui de la mémoire collective et celui d’une jeunesse ancrée dans le présent, attentive à son territoire et curieuse de son histoire.
Les lieux photographiés
Vignes du Clos Montmartre, gare de la Petite Ceinture, HBM de la porte de Montmartre, mairie du 18e, messageries de la rue Pajol, rue de la Madone, monument à Charles Fourier, marché de La Chapelle, ancienne mairie de La Chapelle, souvenir des fortifications de la porte de Clignancourt, ancien chemin de la Marée rue des Poissonniers, piscine des Amiraux, square Léon Serpollet.
