Les Morts de La Rue

Évènement

Mise à jour le 29/01/2026

Photo expo Mairie 18
Du 5 au 14 janvier la Mairie du 18e arrondissement accueillait une exposition du Collectif Les Morts de La Rue. L’occasion de revenir sur le travail de cette association engagée pour la reconnaissance et la dignité des personnes à la rue.
En 2025, ce sont près de 1000 personnes qui sont mortes de causes liées au sans-abrisme en France, à un âge moyen de 49 ans. Ce chiffre, nous l’avons grâce à une association située dans le 19e arrondissement de Paris, Le Collectif Les Morts de la Rue.

Une prise de conscience à l’aube des années 2000

Fondé au début des années 2000 sous l’impulsion du président de l’association Aux Captifs, La Libération, le père Patrick Giros, et de Cécile Rocca, le projet prend la forme d’une association en 2003. Il est soutenu par une poignée d’universitaires — philosophes, théologiens et urbanistes — ainsi que par d’anciennes personnes sans abri.
C’est Chrystel Estela, l’actuelle directrice depuis 2022, qui nous raconte le contexte de l’époque. Des personnes décèdent tous les jours de la rue sans même que nous soyons au courant ; dès lors, il était nécessaire de sensibiliser l’opinion publique à cette tragédie, et en dénoncer les causes. Un grand hommage aux personnes décédées de la rue est organisé pour la première fois, à l’Hôtel de Ville, en 2002 en présence du Maire de Paris Bertrand Delanoë, pour palier à ce manquement.
Mais Cécile Rocca ne souhaite pas en rester là, l’association Le Collectif Les Morts de La Rue est alors née.

Accompagner et rendre hommage

En plus de sensibiliser l’opinion publique, la jeune association se donne également pour objectif de veiller à des funérailles dignes de la personne humaine et à accompagner les proches en deuil.
A partir de 2012, l’association entame un nouveau programme, « dénombrer et décrire », qui a pour but de recenser toutes les personnes décédées de la rue, d’en confirmer la cause et d’apporter le plus de données personnelles possibles sur l’identité de la personne, sa personnalité et sa vie.

C’est un vrai travail d’enquête. On peut compter sur un grand réseau constitué tout au long de ces années, partout sur le territoire

Adèle
Coordinatrice équipe épidémiologie
C’est Adèle qui a spécialement la charge de la coordination du programme, c’est elle qui dirige les enquêtes. Pour cela, elle peut compter sur plusieurs bénévoles, la plupart du temps à la retraite, ou en service civique, qui donnent de leur temps pour cette cause qu’ils chérissent tous. Un épidémiologiste travaille également en lien avec eux pour fournir des explications scientifiques.
« C’est un vrai travail d’enquête. On peut compter sur un grand réseau constitué tout au long de ces années, partout sur le territoire » nous explique Adèle. Caroline sourit « ça a l’air facile dit comme ça ! ».
Très souvent, les personnes chargées de enquêtes parviennent à leur fin. L’identité est retrouvée, la cause de la mort est confirmée, les funérailles sont organisées et personnalisées grâce aux bénévoles présents sur le terrain.
L’association ajoute alors l’identité de la personne à sa longue liste, objectif de cette mission qui porte bien son nom, « dénombrer et décrire ». « C’est important d’avoir un état des lieux, chaque année, du nombre de personnes qui décèdent de la rue » nous rappelle Adèle. « Parfois, les causes sont indirectes, ou le décès survient alors que la personne n’est plus sans-abris, mais il faut savoir creuser et enquêter » ajoute-t-elle.

Un engagement au service de l’autre

Derrière le travail de recensement et de mémoire, le Collectif Les Morts de la Rue repose avant tout sur l’engagement de celles et ceux qui le font vivre au quotidien.

Il est important de faire savoir cette réalité : vivre à la rue tue. Ces morts, souvent précoces, auraient pu être évités.

Chrystel
Directrice du collectif les morts de la rue
Chrystel, aujourd’hui directrice de l’association, raconte un parcours surtout marqué par l’engagement et la prise de conscience. « Mon engagement à la distribution alimentaire de la Soupe Saint-Eustache m’a amenée à m’intéresser à la mort des personnes sans domicile, à la manière dont leurs décès étaient gérés. Les hommages aux morts de la rue, et la lecture des listes de défunts, ont toujours été des moments très émouvants. »
Interpellée par le nombre de décès, elle s’investit d’abord comme bénévole avant de rejoindre l’équipe salariée. « Il est important de faire savoir cette réalité : vivre à la rue tue. Ces morts, souvent précoces, auraient pu être évités. Garder la mémoire de ces hommes et de ces femmes, restituer aux proches les informations sur leurs dernières années et accompagner les funérailles, c’est essentiel. »
À ses côtés, Pierre, bénévole en épidémiologie, évoque un engagement né à un moment charnière de sa vie. « À la retraite et après la perte de mon conjoint, j’ai cherché une activité bénévole pour m’occuper et me changer les idées. » Après avoir participé à la saisie des données, il mène aujourd’hui des enquêtes sur chaque décès. « Même si certaines démarches se heurtent à des réticences, nous échangeons souvent avec des travailleurs sociaux très demandeurs de partager les parcours des personnes qu’ils ont accompagnées, pour mieux comprendre comment elles se sont retrouvées à la rue. »
Caroline, quant à elle, a découvert le Collectif dans le cadre de son travail au sein d’une fondation de santé mentale. « J’ai été profondément touchée par la beauté et le courage de cette association, d’autant plus que je constatais quotidiennement les liens entre maladie mentale et vie à la rue. » À la retraite, son engagement s’est imposé naturellement. « J’ai voulu rejoindre l’action du Collectif, espérant continuer à être utile et porter la voix des personnes à la rue. »
À travers ces témoignages, le Collectif Les Morts de la Rue ne cesse de nous rappeler que derrière ces 824 morts, il y a des vies et une mémoire à préserver.

Retour en image sur l’exposition du Collectif en mairie du 18e

La Mairie du 18e a accueilli l'exposition du collectif Les Morts de La Rue du 5 au 14 janvier 2026 afin de visibiliser une tragédie sociale et humaine encore trop ignorée. Une inauguration de l'exposition ainsi qu’un hommage se sont déroulés à cette occasion.
L’exposition « Morts de La Rue » portée par le collectif du même nom, rassemble le travail de plusieurs street-artistes et rend hommage aux personnes mortes à la rue.
Pour ce projet, le Collectif Les Morts de La Rue (CMDR) s’est associé au collectif des Bombasphères, une communauté d’artistes féminines de street-art présente dans toute la France. Parmi elles, plusieurs artistes basées en région parisienne ont participé à cette exposition : Akelo.art, Demoisellemm, Diane.d2 et Ms Beja. Deux duos d’artistes ont également apporté leur soutien : La Douche Froide et Mojito Fraise.
Ce sont au total six toiles qui ont été exposées à la Mairie du 18e et mettent en lumière la diversité des personnes mortes à la rue en France.
Certaines de ses œuvres sont inspirées de photographies prises du vivant des personnes décédées, d’autres d’un poème écrit par une personne morte de la rue en 2024. Chaque street-artiste a interprété librement ce que représentait pour elle ou pour lui un hommage aux personnes mortes de la rue.
Pensée pour circuler, cette exposition a vocation à être présentée dans différents lieux, notamment dans l’espace public, afin de poursuivre ce travail de mémoire, de sensibilisation et d’interpellation.
La Mairie du 18e et le Collectif Mort de La rue remercient l’ensemble des artistes pour leur temps, leur engagement et leur créativité.